COMME UN HOMME :
l'EP de Thibaut (ex-Œte) qui fait tomber les injonctions
Je sais pas toi, mais moi, il y a des artistes que je suis depuis tellement longtemps que chaque nouvelle sortie a un goût particulier. Thibaut, j’ai découvert son univers à l’époque d’Œte (ou Oete, si tu l’as croisé sous cette orthographe). Je l’avais même rencontré lors des Primeurs de Castres, au Lo Bolegason en 2022, et depuis, je n’ai jamais cessé de partager ses projets, ici et ailleurs.
Alors forcément, Comme un homme, son premier EP sous son prénom, disponible depuis le 4 septembre 2026, je l’attendais. Et il ne m’a pas déçu.
Si tu débarques, je t’invite à relire ma chronique de Jamais, le single qui a ouvert ce nouveau chapitre. Parce que oui, ici, on suit les artistes sur la durée.
Comme un homme : un EP entre vérité, identité et résilience
Changer de nom, ce n’est jamais anodin. Pour Thibaut, c’est un geste de sincérité : se présenter tel qu’il est, sans pseudonyme pour faire écran. Et ce geste donne le ton de tout le disque.
À travers 6 chansons denses et poétiques, Thibaut interroge ce qui, depuis l’enfance, tente de nous définir : les normes de genre, les attentes familiales, ce qu’on attend d’un « vrai » garçon. Le titre de l’EP sonne d’ailleurs comme une de ces phrases qu’on entend trop tôt : comporte-toi comme un homme.
Le récit a quelque chose de très Édouard Louis : celui d’un jeune homme rejeté par sa famille et par les quelques habitant·es de Maulers, son petit village picard. Mais ce qui me touche, c’est que Thibaut ne s’enferme jamais dans la douleur. Il en fait une matière pour éclore, dans une société qui préfère encore la conformité aux singularités.
Dans le morceau-titre, il chante d’ailleurs avoir cascadé le genre humain et n’avoir pour seul appui que l’amour et la beauté. Tout est dit.
Des chansons intimes, oui. Mais qui parlent à toutes celles et ceux qui ont un jour eu l’impression de ne pas rentrer dans la case.
Comme un homme : un EP pop élégant, entre Barbara et Christine and the Queens
Côté son, l’EP est réalisé aux côtés de Bastien Burger, et ça s’entend : c’est précis, habité, sans rien de superflu.
Les références annoncées donnent le vertige, et pourtant elles tiennent : l’émotion à fleur de peau de Barbara, l’étrangeté élégante de Christophe, et une énergie qui circule quelque part entre Juliette Armanet, Prince et Christine and the Queens. Une pop française qui ose la mélancolie autant que la fête.
La tracklist, c’est un vrai parcours :
- « Pourquoi » → une ouverture puissante, à vif, sur le poids de l’amour : celui qu’on se lance, qu’on porte seul·e, qu’on finit par jeter. Jusqu’à ce « mais pourquoi ? » martelé comme une obsession.
- « Comme un homme » → un cri du cœur. Thibaut retourne l’injonction contre elle-même et lâche : « Je suis comme un homme / Pas commun ». Avec une question qui reste longtemps en tête : qui a le plus peur de nous deux ?
- « Forever and a day » → un titre uptempo, fédérateur, qui célèbre celles et ceux qui tombent, se relèvent et continuent d’avancer.
- « Manqué » → plus calme, plus doux, une chanson sur le manque et sur l’absence qu’on caresse du bout des doigts. Elle se termine sur un appel à ne pas lâcher : « Please don’t give up ».
- « Jamais » → le premier single sous son prénom, une chanson-refuge face à la solitude, qui ferme la porte aux souvenirs qui font mal.
- « Other game » → un middle tempo où aimer devient un autre jeu. Une façon de chercher la douceur et de courir moins solitaire.
Moi, j’y entends une traversée. Du poids de l’amour vers la douceur, de la blessure vers la lumière.
Côté écriture, Thibaut (Thibaut Blond à l’état civil) signe tous les textes :
- sur Comme un homme et Other game, il co-écrit avec BRÖ ;
- sur Pourquoi, les textes ont été relus par Lescop.
Bastien Burger compose et arrange, rejoint par Auber à la composition d’Other game.
(des noms qui doivent te parler si tu suis Inkluzik)
Sur scène : Comme un homme se danse autant qu'il s'écoute
Si l’EP est le cœur du projet, la scène en est le prolongement naturel.
Seul au plateau, Thibaut évolue dans une scénographie en pente, image de cet équilibre fragile qu’on cherche toutes et tous, entre la fête et l’apaisement. Et surtout, la danse contemporaine y prend une place centrale : elle traverse les chansons et prend le relais des textes là où les mots ne suffisent plus.
Après un été sur les routes (Printemps de Bourges, Festival de Nîmes, Cabourg Mon Amour, Les Nuits de Fourvière, Francomanias…), il reste encore des occasions de le voir cet automne :
- 15 octobre 2026 : Nouvelles Voix / Villefranche-sur-Saône
- 6 novembre 2026 : Festival Bebop / Le Mans
- 10 novembre 2026 : La Maison des Métallos / Paris
Crois-moi, si tu peux y aller, vas-y.
Pourquoi écouter "Comme un homme" ?
L’EP « Comme un homme » est bien plus qu’une nouvelle étape de carrière. C’est une renaissance. Thibaut y interroge les normes pour mieux célébrer ce qui nous rend uniques, avec l’amour et la beauté comme boussoles. Un disque profondément humain, qui prouve qu’on peut parler d’identité et de rejet sans jamais perdre la lumière.
Dans un paysage pop français souvent formaté, Thibaut trace une route singulière, à la croisée de la chanson, de la pop et de la danse. Après des années à le suivre, je peux te le dire : c’est un artiste à garder tout près de ton casque.
À retenir
- un premier EP sous son prénom.
- une écriture intime et poétique sur les injonctions de genre
- une pop française entre mélancolie et fête
- un live porté par la danse contemporaine.

