Des cendres à la lumière :
"Criaturas Vol. 1",
le manifeste libérateur de CHÉRI
Il y a des artistes dont le parcours résonne comme une renaissance. Des voix qui traversent la douleur pour en faire leur force. Chéri fait partie de celles-là.
Depuis plusieurs années, je suis son évolution avec une fascination grandissante. De Pour te toucher à Karma avec Chilla, chaque étape m’a marqué. Mais avec Criaturas Vol. 1, Chéri franchit un cap vertigineux. Plus qu’un EP, c’est un acte politique, un cri de liberté, une déclaration d’existence.
Et ce projet me touche profondément personnellement et parce qu’il incarne tout ce que , avec Inkluzik, je défends : l’inclusion, l’authenticité, le courage de se réinventer.
Alors aujourd’hui, je veux te raconter pourquoi Criaturas est bien plus qu’un simple EP.
Faire de la marge un territoire : la naissance de Criaturas
Le mot Criaturas n’est pas choisi au hasard.
Il renvoie à la manière dont la société désigne celles et ceux qu’elle met en marge : personnes queer, corps trans, identités jugées “trop” ou “pas assez”.
Chéri s’empare de ce terme et le retourne.
Ici, les créatures sortent de l’ombre. Elles se montrent, se revendiquent, s’organisent. Ce projet est né dans un moment charnière : celui de la transition de genre de Chéri, mais aussi d’un besoin vital de transformer l’intime en manifeste.
Criaturas (Vol. 1) est un EP de 7 titres sorti en 2026. Il fait suite à « Vilaine Garçon », premier signal fort d’une nouvelle ère artistique, et pose les bases d’une œuvre pensée comme un projet-fleuve.
Un EP électro queer nourri par le club et les racines andalouses
Musicalement, Criaturas navigue entre pop alternative, électro, techno, rap et flamenco. Un mélange dense, nocturne, organique, qui évoque autant la culture club que les paysages andalous.
Le club, justement, est central dans ce projet.
C’est l’un des premiers espaces où Chéri s’est sentie libre d’être elle-même, loin des regards normatifs. Cette énergie traverse des morceaux comme Soudain nous vient la nuit ou Chéri Radio On, qui ouvrent et ferment l’EP comme une émission pirate.
Entourée de Maria Blaya, Habibitch, izid99, Poussin et Kaonefy à la production, Chéri s’est entourée d’une famille artistique qui partage sa vision. Le résultat est une production audacieuse, moderne, maîtrisée, qui flirte avec les codes de la pop internationale sans jamais renier ses racines.
Chanté en français, en anglais et en espagnol, Criaturas affirme aussi l’héritage familial de Chéri. Le flamenco n’est jamais décoratif : il est mémoire, transmission, colère contenue.
Transition de genre et musique politique : le cœur de Criaturas
Criaturas n’est pas un projet conceptuel détaché du réel.
Chaque morceau est traversé par la transition de genre de Chéri, par ce qu’elle implique de solitude, de violence sociale, mais aussi de reconquête de soi.
Ici, la musique devient politique non pas par slogan, mais par vécu. Comme un prolongement naturel de l’histoire familiale de Chéri, marquée par l’exil de ses grands-parents fuyant le franquisme.
●Vision, so clear : solitude et mondes parallèles
Sur Vision, so clear, Chéri explore une mélancolie suspendue.
Une électro-sad délicate, traversée par cette phrase qui reste en tête : “I feel so alone”. Elle y imagine un monde alternatif, où l’amour perdu n’aurait pas disparu, où la transition aurait été accompagnée de douceur plutôt que de silence.
C’est un morceau fragile, presque nu, qui met en lumière l’isolement vécu par de nombreuses personnes trans.
●Soledad : flamenco, héritage et exil
Soledad est sans doute l’un des titres les plus bouleversants de l’EP.
La voix se fait plainte, cri, mémoire. Le flamenco y devient langage de la douleur, mais aussi de la dignité.
On y entend la voix du grand-père de Chéri rappeler que la musique est politique. Une phrase qui résonne puissamment, tant ce morceau relie l’histoire familiale, l’exil, et les luttes contemporaines.
●Infierno : transformer la colère en puissance
Avec Infierno, Chéri renverse les symboles.
Elle ne subit plus l’enfer : elle en devient la reine. Le feu n’est plus destructeur, il est moteur. La colère se transforme en force, en affirmation, en survie.
●Soudain nous vient la nuit : un manifeste queer avec Habibitch
Le projet culmine avec Soudain nous vient la nuit, en featuring avec Habibitch.
Plus qu’un titre, c’est un manifeste. La nuit n’est plus un espace de peur, mais un territoire politique, collectif, émancipateur.
La voix d’Habibitch apporte une dimension décoloniale et militante qui élargit encore le propos. Ici, les créatures s’organisent, prennent la parole, refusent la disparition.
Pourquoi Criaturas de Chéri est un EP essentiel en 2026
Criaturas (Vol. 1) est le projet le plus audacieux de Chéri à ce jour.
Un EP électro queer qui assume sa radicalité, sa complexité, sa colère et sa tendresse.
Ce n’est pas un disque pensé pour les formats, ni pour la facilité.
C’est un projet nécessaire, qui donne une voix aux corps et aux identités qu’on continue de vouloir faire taire. Une bande originale pour toutes celles et ceux qui refusent de se laisser définir par le regard des autres.
Criaturas ne demande pas la permission.
Il existe. Et il laisse une trace.
Et dans un monde où les personnes trans sont de plus en plus attaquées, stigmatisées, invisibilisées, ce projet résonne comme un acte de résistance. Une façon de dire : nous sommes là, nous sommes vivantes, nous sommes magnifiques.
Alors oui, Criaturas me touche. Parce qu’il incarne ce que la musique fait de plus beau : transformer la douleur en puissance, l’exclusion en célébration, le silence en cri de liberté.
À retenir
- Criaturas (Vol. 1) est le nouvel EP de Chéri, artiste queer et trans
- Un projet mêlant électro, techno, pop alternative et flamenco
- Un récit musical autour de la transition de genre, de la solitude et de la libération
- En featuring avec Habibitch et Maria Blaya

