Claïmax brise le silence :
JOURNAL D'UNE ADOPTÉE,
l'EP qui libère la parole.
Il y a des projets qui ne ressemblent à rien de ce qu’on a déjà entendu. Des EPs qui arrivent comme une lettre qu’on attendait sans le savoir.
Journal d’une adoptée, le premier EP de Claïmax, sorti le 27 mars 2026, est exactement de ceux-là. Un objet musical et poétique, entre autofiction et manifeste, qui prend la parole là où tout le monde se taisait encore.
Et franchement ? C’est un coup de poing en velours. L’un de ces projets qui vous reste longtemps après.
Un EP entre autofiction, théâtre et mémoire
Dès les premières secondes, je comprends que je ne suis pas face à un format classique. Claïmax vient du théâtre et ça s’entend, ça se ressent, ça traverse tout. Chaque morceau dialogue avec un texte, chaque silence pèse, chaque mot semble choisi pour rester.
Franco-haïtienne, arrivée en France à l’âge de trois ans et demi, elle a grandi avec la musique partout : avec son arrière-grand-mère, ses grands-mères, la musique était la langue commune quand les mots manquaient.
Journal d’une adoptée fonctionne comme une quête initiatique, un journal sonore où se mêlent poésie, fragments de vie et performances. Je vois presque les scènes se jouer devant moi.
Ce projet, elle le décrit comme une tentative de raconter “mon histoire et celles de personnes qui m’ont marqué·e ou changé·e”. Et ça dépasse largement l’intime.
Un EP né dans une chambre, construit comme une quête
La genèse de ce projet est aussi intime que le projet lui-même. Tout a commencé dans un salon, avec un pianiste, des poèmes posés sur des boucles improvisées. Puis vint le désir d’aller plus loin, de construire quelque chose de vrai. Claïmax entre en studio, travaille avec le beatmaker Andreas Lecter au studio Montmartre Recording, et commence à comprendre que ses chansons ne racontent pas juste des histoires : elles racontent son histoire.
C’est en 2025, lors d’un voyage aux États-Unis pour rencontrer sa mère biologique, que l’urgence de ce projet prend toute sa dimension. Il ne s’agit plus simplement de faire un disque. Il s’agit de témoigner.
Claïmax construit cet EP comme une quête initiatique, à la manière d’un opéra contemporain, avec interludes, intro, outro, où chaque instrumentale répond à un poème. Entre les influences de Brel, Barbara, Benjamin Clementine, Laylow et Toto Bissanthe : un univers à part entière, qui ne rentre dans aucune case.
Briser le silence autour de l’adoption
Ce qui rend Journal d’une adoptée à la fois nécessaire et rare, c’est son sujet. L’adoption, vue de l’intérieur. Pas du côté des parents, pas du côté du récit policé qu’on raconte aux dîners de famille… du côté de l’enfant.
En recueillant des témoignages, en rejoignant des groupes de personnes adoptées haïtiennes à Paris puis en élargissant à des adoptés venus du monde entier, Claïmax a découvert une évidence troublante : on est nombreux. Et on ressent les mêmes choses.
L’EP aborde sans détour les sujets les plus lourds : la dépression, la solitude, le déracinement, mais aussi les violences physiques, émotionnelles ou sexuelles que certaines personnes adoptées ont subies au sein de leur famille adoptive: une réalité encore largement invisible dans l’espace public.
Ce point de vue, celui de l’enfant adopté est encore presque inédit dans la musique française. C’est ce qui fait de cet EP un objet nécessaire, au-delà de ses qualités artistiques.
Et surtout, elle ne le fait jamais de manière voyeuriste. Il y a une pudeur, une justesse, une forme de dignité dans la manière dont elle raconte.
Les titres : un journal intime, morceau par morceau
●Prélude
C’est une ouverture presque mystique. Un appel aux mères, aux Lwa, une manière de convoquer les forces pour oser parler. J’ai ressenti ça comme un seuil à franchir.
Claïmax part d’une rencontre réelle : un homme sans-abri, observé chaque matin à 5h dans le métro. Il écrivait des poèmes tous les jours, canette à la main. Claïmax, timide, n’a jamais osé traverser le quai pour lui parler. Et le jour où elle s’est décidée, il n’était plus là.
Ce morceau, c’est un hommage. Mais aussi une réflexion sur le regard qu’on porte sur les autres. Et sur ce qu’on choisit, ou non, de voir.
●Haïti — le titre manifeste
Impossible pour moi de passer à côté de “Haïti”, le focus track du projet. C’est un titre qui m’a littéralement stoppé.
Dans ce morceau, Claïmax relie son histoire personnelle à une mémoire plus large : celle des liens entre la France et Haïti, entre héritage colonial, déracinement et identité fragmentée.
C’est un morceau qui questionne, qui dérange, qui oblige à regarder en face.
Un projet qui rassemble, bien au-delà de l'adoption
Ce que Claïmax a réussi, c’est de créer un EP intime qui parle à tout le monde. Ses premiers auditeurs, y compris sa mère adoptive, en sont ressortis avec les larmes aux yeux. Pas d’apitoiement, pas de posture victimaire : une lucidité désarmante et une bienveillance rare.
Ce ne sont pas « juste » les adopté·es que ce projet touche. Ce sont toutes les personnes qui ont connu le sentiment de déracinement, de ne pas appartenir, de chercher leur place. Les personnes qui ont migré sans l’avoir choisi. Celles qui ont grandi entre deux cultures, deux langues, deux identités.
Ce n'est pas juste de la musique. C'est une nécessité
Il m’arrive parfois de recevoir des projets et de les écouter en diagonale. Journal d’une adoptée, je l’ai écouté plusieurs fois d’affilée.
Parce qu’il y a quelque chose de rare ici : une artiste qui ne cherche pas à plaire, mais à dire vrai. Qui assume les silences autant que les mots. Qui vient du théâtre et ça s’entend dans la façon de construire une narration, dans le soin apporté aux textures sonores, dans les interludes qui respirent.
À une époque où la musique française se cherche encore un langage pour parler des angles morts de la société: adoption, migration choisie, violences intra-familiales, déracinement identitaire, Claïmax propose le sien. Et il est juste.
Franchement, je pense que Claïmax signe ici un premier EP qui va marquer. Et j’ai déjà envie de voir jusqu’où elle va aller ensuite.
À retenir
- Journal d’une adoptée est le premier EP de Claïmax.
- Une artiste franco-haïtienne, issue du théâtre, qui compose à la croisée de la musique, de la poésie et de l’autofiction
- Un EP qui aborde l’adoption de l’intérieur : déracinement, identité, violences invisibles, quête des origines

