MAUVAIS SANG:
l'EP de Thibaut Pez qui transforme les blessures en hymne queer.
Je sais pas toi, mais moi, il y a des projets qui me happent dès les premières secondes, et Mauvais Sang, le premier EP de Thibaut Pez, fait clairement partie de ceux-là. Disponible depuis le 24 avril 2026, ce disque court mais intense s’inscrit comme une prise de parole nécessaire, à la fois personnelle, politique et profondément actuelle.
Et si t’as envie d’aller encore plus loin dans son univers, je te conseille direct d’écouter le podcast du même nom dispo sur Inkluzik. Parce que oui, ici, tout est lié.
Mauvais Sang : un EP entre mémoire, identité queer et affirmation
Dès les premières notes, Mauvais Sang pose le décor. Une phrase claque :
« Oh papa, qu’as-tu fait de moi ? »
Ce n’est pas une plainte. C’est un point de bascule.
À travers ces 5 titres, Thibaut Pez replonge dans son enfance, là où tout commence : la découverte de son identité queer, le regard des autres, la peur d’être « de trop »… ou pire, d’être un « mauvais fils ».
Mais ce qui me frappe, c’est justement le refus de s’excuser. Ici, le « mauvais sang » devient une force. Une matière artistique. Une façon de dire : je suis comme ça, et alors ?
Sur la pochette du disque, il rejoue d’ailleurs une scène de son enfance : lui, enfant, grossièrement maquillé avec les affaires de sa mère. Ce geste de réconciliation avec l’enfant qu’il a été traverse chaque morceau de l’EP, comme un fil rouge entre passé et présent.
Mauvais sang : un EP électro-pop radical et thérapeutique
Ce qui frappe à l’écoute, c’est l’économie de moyens et l’efficacité du geste. Cinq titres, quinze minutes, zéro superflu.
Musicalement, l’EP est plus électronique qu’à l’accoutumée. Les collaborations avec Thomas Stenoff (Flam!), Adam Carpels, Clément Doumic (Feu! Chatterton) et Owlle (des artistes que tu connais si tu suis Inkluzik), tirent le projet vers quelque chose de plus radical, sans perdre ce fil pop qui rend les morceaux immédiatement accessibles. C’est de l’électro-rock habité, avec une écriture sensible et ciselée.
Le résultat ? Une tension constante entre douceur et colère.
- « ça me passe l’envie » → fatigue émotionnelle, usure face au regard des autres
- « quel bonheur (que tu n’existes plus) » → libération après une relation toxique
- « rêves secrets d’un prince et d’une princesse » (avec Thomas Jolly) → un conte queer entre fantasme et réalité
- « le goût du jour » → une conclusion plus introspective, presque suspendue
Moi, j’y vois un parcours. Une traversée.
Thibaut Pez réussit à cicatriser ses maux d’enfance sans jamais les effacer. L’EP expose, relie, transforme. Il ne cherche pas l’identification forcée, et c’est précisément pour ça qu’il touche à quelque chose d’universel.
Ce n’est pas un disque sur la souffrance. C’est un disque sur ce qu’on fait de ses différences.
Si l’EP est la forme musicale de ce projet, le podcast Mauvais Sang en est le prolongement naturel — et réciproquement.
Dans chaque épisode, Thibaut Pez invite des personnalités à revenir sur leurs souvenirs d’enfance, les objets culturels qui les ont marqué·es, les références pop qui ont façonné leur imaginaire, les premiers moments où l’on comprend qu’on est « différent·e ».
Les invité·es jusqu’ici ont livré des conversations précieuses :
- Thomas Jolly : le Magicien d’Oz, une Barbie Ariel, les vêtements comme stratégie contre le harcèlement
- Antoine Betix (Wikipedal) : Party Monsters, Za-Gay, le château gonflable de la Jeudi OK
- Eva Guide : Amélie Mauresmo, Docteur Quinn, les années 90-2000
- Aloïse et Clémence Sauvage : Diam’s, Madame Doubtfire, couteau suisse et mousqueton
- Paloma (Hugo Bardin) : Sex and the City, Mylène Farmer, Lady Oscar
- Elips : Code Lyoko, catalogue La Redoute, la relation au corps
À l’écoute du podcast, on comprend vite que chaque expérience, bien qu’elles soient toutes différentes, racontent en fait la même histoire. Celle d’une enfance qui apprend à composer avec un monde qui ne correspond pas à ce qu’on ressent, et qui finit par en faire une force.
Pourquoi écouter "Mauvais Sang" ?
L’EP « Mauvais Sang » est bien plus qu’un simple recueil de chansons. C’est un manifeste, un cri de liberté qui résonne avec force. Thibaut Pez y transforme ses maux d’enfance en une force, cicatrisant ses blessures pour briller de mille feux. C’est un projet profondément humain, qui parle d’aujourd’hui pour mieux regarder demain, et qui prouve qu’on peut faire de la musique engagée sans être ennuyeux.
Dans un paysage musical français parfois formaté, Thibaut Pez trace sa route avec une authenticité désarmante. Son électro-pop colorée, ses textes ciselés et son engagement sincère font de lui un artiste à suivre de très près. « Mauvais Sang » n’est pas un acte de contrition, mais un geste d’affirmation haut et fort, vital.
À retenir
- un EP court (15 minutes), mais dense
- une écriture à la fois fragile et affirmée
- une direction artistique cohérente entre musique et podcast
- une parole queer sincère, sans filtre

